La mort est la seule certitude dont nous, êtres humains, sommes graciés. Et il semble que nous aimions à l’accepter comme une destiné qui nous happera quand bon lui semblera. Toutefois, certaines circonstances nous accablent plus que d’autres ; en certaines occasions données, pour certaines personnes la mort nous semble injuste, inacceptable. Souvent, ces personnes – héros de tous les jours dont la contribution anonyme à ce monde n’affecte qu’une restreinte périphérie de gens -, trouveront finalement un rayonnement universel, malheureusement, postum. Il semble que ce sera le cas pour Vic Chesnutt.
Ma première rencontre avec Vic remonte à la fin de l’année 2007, alors que je faisais escale à Paris, entre Beyrouth et Montréal, pour une soirée, le temps de voir quelques amis qui l’accompagnaient sur scène. Nos chemins se croiseront à quelques reprises par la suite à un de ses spectacles, ou encore en studio. Mais de toutes ces rencontres, la plus marquante reste toujours cette première fois, en sol parisien. Et le souvenir le plus prégnant de cette première fois reste sans contre-doute sa reprise de Ruby Tuesday des Rolling Stones. Cette soirée coïncidait avec la fin de plusieurs chapitres dans ma vie. J’avais rendu visite à B. à Oslo. Elle était maintenant toute ronde de ces 7 mois et 2 semaines d’attente maternelle. Nous pouvions dorénavant affirmer que c’était bel et bien terminé entre-nous. Je revenais également du Liban, premier voyage de retour au pays natal, délibérément déliré.
Donc, c’est avec une tête bien remplie et un coeur toujours meurtri que je brandissais à bout de bras, à bout de force ma caméra sur ce merveilleux être et son extraordinaire bande. Tout au long du concert, des frissons faisaient, sans arrêt, d’innombrables allez-retour entre mes membres tendus, attentifs et leur échine-mère. Les chansons You Are Never Alone et Splendid m’avaient pratiquement laissé béat, figé, paralysé. Mais lorsqu’il enchaîna le premier refrain de Ruby Tuesday, je pensais réellement flancher. Mes yeux se remplirent de larmes instantanément et mon corps, mon corps entiers était possédé de frissons. Je venais d’être témoin du sublime et je me trouvais en possession d’une preuve tangible de cet acte de grâce.
Frissons d’horreur lorsque, il y a quelques semaines, des rumeurs commencèrent à circuler sur la mort de Vic. Apaisement momentané, on disait qu’il était dans un coma. 48 heures plus tard, sa mort était confirmée. Tragiques circonstances. Victime d’un système de la santé irresponsable, dans un pays dont le plus grand échec n’est ni militaire ni économique, mais bien humain parce qu’il faillit constamment à protéger et soutenir ses propres citoyens, voilà où se situe la vraie tragédie, tragédie sociétaire et humaine.

Repose en paix Vic Chesnutt.

VIC CHESNUTT :::: RUBY TUESDAY

:::: En bas âge, l’idée de devenir curé se présentait à moi comme un plan très solide pour mon avenir de carriériste. Très inspiré après la lecture d’un livre relatant la vie de Paul-Émile Léger – monseigneur aux yeux de Dieu -, le projet de communauté et de générosité chrétienne m’apparaissait comme une ligne de pensée et un exemple de vie infaillible. Toutefois, une légère embrouille métaphysique est venue tout foutre en l’air. Ainsi, vers l’âge de 13 ans, la brebis égarée-retrouvée-évadée que j’étais devenu, tomba face à face avec un nouveau berger; monolithe nihiliste, le punk se présenta à moi.
Ce nouveau gardien dont il est question ici n’est rien du punk qu’on essaie de nous vendre depuis trois décennies – Sid Vicious n’a jamais été rien d’autre qu’une marchandise. Le punk dont il est question ici en est un beaucoup plus idéologique que sonique, beaucoup plus protéiforme que la sombre garde-robe noire typique. C’est un état du punk où la musique n’était qu’une excuse pour faire différemment, pour faire avec un humanitarisme, malheureusement résiduel. C’est un punk qui créa une ligne de fuite qui, à sa suite, structura un réseau d’amitiés underground incroyables qui furent la base même de l’organisation de cette scène D.I.Y. et il s’agit précisément de cette force humaine, de cette communauté qui m’interpella et qui me rappela ce en quoi je croyais dans l’église romaine catholique et que j’avais laissé derrière.
Quelques années plus tard, je me trouvais à sillonner les routes de l’Amérique du Nord dans une van brune, affectueusement renommée Van the Van par D. de Four Hundred Years. Cette première itinérance nord-américaine me permit de constater la véracité de toutes ces légendes de ce monde underground dont j’en avais entendus que les échos des groupes qui avaient usé de l’hospitalité de mes parents.
C’était l’été 1998. J’étais avec G.O.S.et JF. C’était la première tournée de F.H.H.
Trois années plus tard, après avoir laissé F.H.H. et Québec derrière moi, je retournais sur la route, cette fois avec un nouveau groupe, The Frenetics. Ce fut mon dernier tour de piste, ma dernière course contre la montre de ce fraternel réseau sous-terrain en tant que musicien.
Au fil de la dernière décennie, plusieurs rencontres faites au cours de ces années de voyages se sont transformées en solides amitiés. La plupart d’entre-elles ne sont restées que des correspondances, mais combien assidues et franchement ressenties.
Fort heureusement, alors que je mettais derrière moi ces migrations musicales, mes anciens compagnons de route ont continué à tourner, en Amérique, en Europe et en Asie, explorant toujours de nouveaux chapitres de cette confrérie alternative, défiant ainsi l’extinction de cette incroyable aventure D.I.Y mondiale.
Encore aujourd’hui – avec leurs nouvelles formations musicales -, ils continuent à produire leur musique dans un esprit où cette notion d’éthique a toujours sa place, où leur esthétique ne serait ce qu’elle est sans ce passé qui à tous changé un peu nos vies… pour le mieux je crois. AMEN ::::

:::: MALCOLM BAULD ::::

vs THE KINKS


vs ELVIS COSTELLO

:::: ROME ROMEO ::::

Il y a environ 6 ans, Fifth Hour Hero, que j’avais quitté quelques années auparavant, parcouraient de long en large l’Amérique du Nord  avec leurs amis floridiens: Against Me. Ces derniers étaient sur le point d’enregistrer leur premier album pour Fat Wreck Chords et, la nouvelle courant déjà, ils se trouvèrent rapidement victimes d’une déraisonnable colère fanatique. Comme O. me l’avait mentionné par l’entremises de quelques brefs courriels précédents leur arrivée, chaque soir, Against Me! se trouvaient victime d’abus verbaux et physiques de la part de leur fans les plus dévoués. Déjà, les plus exigeants d’entre-eux ne pouvaient contenir leur déception, leur mécontentement du fait que le groupe se soit placé sous l’aile de Fat Mike pour leur nouvelle parution musicale et y allaient de vicieuses insultes et de bassesses aussi pathétique que de crever les pneus de leur van.

Suite à leur concert à Ottawa, sans incidents, les troupes vinrent trouver refuge chez moi, dans le confort de la petite Italie. Je passai, cette nuit-là, quelques heures à discuter avec T. que je rencontrais pour la première fois. Il me raconta encore quelques histoires qui complétaient le récit que O. avait déjà esquissé, mais nous nous sommes plutôt attardés à l’insulte que les gens utilisaient le plus contre eux et qui le blessait le plus, SELL OUT.

Donc, lorsque T. m’a demandé cet été de faire quelques vidéos pour son nouveau e.p. Heart Burns, au-delà de mon enthousiasme pour le projet, je me suis rapidement rappelé cette première rencontre – 6 années passées-, et surtout de quelle façon nous avions évidée la question à savoir comment peut-on jugé si un artiste est vendu ou pas? Où et qui peut véritablement établir les limites d’une telle éthique dans les arts particulièrement quand l’art devient travail et gagne pain ?

Il me sembla toutefois que chacune de ces réponses que nous avions pensées, soumises à l’infernale logique de notre réflexion se trouvèrent complètement obsolètes et ironiques lorsque je me trouvai avec un chèque signé de Warner Bros entre les mains quelques jours avant Noël cette année.




Il y a un peu plus d’un an maintenant, je concluais un premier périple au Liban par une escale d’une nuit blanche à Paris. Vic Chesnutt s’y produisait et c’était une bonne occasion de passer la soirée avec les quelques amis de Montréal qui l’accompagnaient en tournée. Mais c’était aussi surtout la chance de rencontrer un nouvel ami, M, qui m’a-t-on dit, est autant obsessionnel que moi envers la musique et la vidéo. C’était sincèrement une suite d’impossibles hasards heureux qui a mené à cette incroyable rencontre.

J’avais pris quelques journées de congé du Liban pour rendre visite à B. à Oslo dans le but de voir The Zombies jouer quelques uns de nos morceaux préférés. Toutefois, la veille de mon départ, un courriel de B. m’annonçait l’annulation du concert longuement anticipé. Je décidais toutefois de me rendre à Oslo question de passer quelques temps avec B. et aussi de revoir des amis que je ne vois qu’une fois tous les deux ans. Nous marchions donc tranquillement dans le centre-ville de Oslo lorsque mon regard s’attarda sur une fille. Je dis tout bonnement à B. qu’elle me semble trop familière pour qu’elle ne soit qu’un visage déjà entrecroisé dans cette ville auparavant. Je me retournai afin de jeter un dernier coup d’oeil pour me rendre compte que son copain est un ami de Montréal, J. Nous échangeons rapidement quelques propos d’usage et il m’invite à leur spectacle le lendemain. 

Le soir du concert, je passe la majorité de la soirée à parler avec T. Il me suggère fortement de rentrer en contact avec un de ses amis à Paris qui a fait quelques petits vidéos avec eux alors qu’ils étaient de passage dans la capitale de l’hexagone. Une personne supportable à Paris… sans prix. Je rentre donc en contact avec M. et nous convenons de passer une partie de ma nuit blanche à Paris ensemble. Il me parle alors de son projet des concerts à emporter et l’idée m’emballe réellement. 

Retour à Montréal, Bon Iver sont en concert et ils resteront en ville quelques jours. Nous sortons donc nous promener dans les ruelles du quartier avec tambours et clairons. Je comptais envoyer le vidéo au CÀE mais ils avaient déjà une session de prévue avec eux. Alors quoi ? Alors je le mets en ligne ici. Voilà quoi.



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